La révolte des «cols blancs» du Crédit Foncier prend l’Etat français à contre-pied

Malgré la nomination d’un conciliateur, hier, l’avenir du Crédit Foncier de France reste toujours incertain. Au siège parisien de la banque, le gouverneur ainsi que six autres dirigeants sont toujours retenus par les grévistes.
 
Les cols blancs se révoltent. C’est nouveau. C’est même du jamais vu dans le triangle d’or du quartier d’affaires de Paris. Rue des Capucines, au siège du CFF, entre l’Opéra, la Madeleine et la Concorde, les salariés du Foncier retiennent donc leur gouverneur, Jérôme Meyssonnier, et six autres de ses collaborateurs depuis vendredi.
 
Sous les lambris Napoléon III et les colonnes de marbre de ce magnifique établissement financier fondé en 1852, une dizaine de salariés venus de Rouen ont délicatement disposé leurs sacs de couchage au pied des ascenseurs. D’autres s’occupent de la sono. Et devant le service du contentieux, une table ministre fait office de cafétéria.
 
En peu de temps, ces 3300 banquiers ont réagi. Ces novices de l’action syndicale ont même appris les rudiments sur le tas. Avec une envie et une détermination à toute épreuve: occupation de la Bourse, manifestation devant l’Elysée et, «top du top» du parfait petit gréviste, la séquestration des dirigeants. Leur combativité, qui étonne le gouvernement, est pourtant compréhensible.
 

La «fronde des barons»

 
Fonctionnaires, ils ont vécu pendant de longues années comme des «barons» grâce à une convention collective ultra protectrice. Avec un peu d’imagination, la fronde des cols blancs sentirait presque la poudre des jacqueries d’antan. Elle rappelle également celle des routiers français à la fin de l’année dernière. Mais, en séquestrant leur gouverneur, les salariés du Foncier ont définitivement compris les ficelles médiatiques d’une grève bien menée. D’autant qu’hier, certains services étaient toujours ouverts à la clientèle.
 

«Pas de licenciements secs!»

 
Jugée «indécente» par certains et «inévitable» par d’autres, la séquestration du gouverneur du CFF et de six de ses collaborateurs continue toutefois d’alimenter la curiosité des médias dans une atmosphère bon enfant. Cette grève des salariés du Foncier, qui refusent le plan de démantèlement imposé par le gouvernement, relève en fait le malaise d’un secteur bancaire public et semi-public en quête d’une nouvelle rentabilité. Mais tout n’a pas commencé vendredi.
 
«Depuis plus de quinze mois, nous essayions de négocier notre avenir avec des représentants du gouvernement», explique un membre de l’intersyndicale (CFDT. CGT, CFTC, FO, CGC, CNA autonome). «Personne ne voulait nous écouter. Nous avons donc décidé de frapper un grand coup sur la table en retenant Jérôme Meyssonnier. C’était le seul moyen pour faire évoluer la situation.»
Le traumatisme du Crédit Foncier s’est déroulé en deux temps. Premier détonateur: il y a dix-huit mois, lorsque la banque, déjà fragilisée par la crise du crédit immobilier, a perdu son fonds de commerce: les fameux PAP ou prêts d’accession à la propriété.
Ce fut le premier détonateur, le premier indice de l’ampleur du trou creusé par des années de mauvaise gestion. Seconde péripétie: le démantèlement de la banque annoncé par Jean Arthuis, en juillet dernier (lire encadré). Les salariés ont eu l’impression d’être les victimes expiatoires d’un complot politique.
 
Mais ces premières proies de la crise des banques françaises ne veulent pas laisser 1800 collègues devant les portes de l’AN-PE. «Il n’y aura pas de licenciements secs», a pourtant annoncé, hier, Jean Arthuis afin d’apaiser la situation. Mais la crédibilité du ministre de l’Economie, depuis l’échec de la privatisation de Thomson, commence à s’effriter.
 
Envisagé par l’intersyndicale comme un préalable à la fin de l’occupation des locaux, «le retrait du plan Arthuis» est sur toutes les lèvres des salariés. Le gouvernement Juppé a même ouvert les siennes, hier, pour nommer un conciliateur. Il s’agit de Philippe Rouvillois, ancien président de la SNCF fort connu pour sa grande «règle d’or»: la discrétion.
 
Au Crédit Foncier de France, on applaudirait volontiers un ralliement des autres salariés des banques publiques et semi-publiques. Les dirigeants du Crédit Lyonnais, de la Banque de France et des Caisses d’épargne sont désormais prévenus. Car un gouverneur averti en vaut deux séquestrés.
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