Le procès du «roi de l’immobilier» est terminé

Jürgen Schneider, à l’origine de la plus grosse faillite immobilière de l’Allemagne d’après-guerre, a été condamné. La justice a critiqué l’imprudence des banques.
 
Comment Jürgen Schneider a-t-il pu gruger aussi facilement les plus grandes banques allemandes pour bâtir son empire immobilier? Le juge du Tribunal régional de Francfort, Heinrich Gherke, a répondu clairement à cette question en lisant, hier, les attendus du jugement et en condamnant l’ancien «roi de l’immobilier* à 6 ans et 9 mois de prison (le procureur avait réclamé un an de plus). Pour lui, les banques se sont comportées avec une «incroyable imprudence». Elles ont provoqué le prévenu par négligence. «Si les questions de financement avaient été vraiment vérifiées, de nombreuses absurdités ne seraient pas passées inaperçues». En clair les banques portent une certaine responsabilité dans la plus grande faillite immobilière de l’Allemagne d’après-guerre.
 
Le procès de Jürgen Schneider aura donc été aussi celui des banques allemandes, ce que ces dernières craignaient par-dessus tout. Bien qu’aucune procédure n’ait été engagée contre elles, elles se sont retrouvées, pendant les six mois de ce procès, sur le banc des accusées. On a appris ainsi que plus de 50 banques avaient prêté de l’argent à Jürgen Schneider sans jamais s’interroger sur la solvabilité de ce client Au premier rang desquelles, la Deutsche Bank, le premier établissement financier du pays et premier créditeur de Schneider. Cette dernière lui avait accordé 1,5 milliard de crédits, sans avoir jamais tiré la sonnette d’alarme. «Incroyable, la manière avec laquelle les établissements les plus renommés d’Allemagne ont pu utiliser au vu et au su de tout le monde l’argent des épargnants, commente le quotidien berlinois Der Tagesspiegel. Ce jugement éclabousse d’autant plus la réputation des banques allemandes, que 50 d’entre elles font actuellement l’objet d’une enquête pour fraude fiscale à hauteur de plusieurs milliards de marks.
 
Au cours du procès, l’ancien patron de la Deutsche Bank, Hilmar Kopper, a dû venir s’expliquer à la barre. Il a reconnu des fautes «élémentaires». Jusqu’à l’effondrement de l’empire Schneider, la Deutsche Bank n’aurait rien soupçonné des fraudes et des faux documents présentés par l’homme d’affaires. Son intervention a ravivé dans l’opinion le scandale qu’il avait déclenché en qualifiant de «peanuts» 50 millions de marks d’impayés auprès de petites PME et d’artisans ruinés. Cette expression est restée gravée dans la mémoire des Allemands. Un membre du directoire de la Deutsche Bank, Ulrich Weiss, venu lui aussi à la barre, a reconnu de «nombreuses erreurs», sans admettre que la banque ait pu accorder des crédits -les yeux fermés».
 
Une critique particulièrement sévère contre le fonctionnement
interne de la Deutsche . Bank est venue du directeur de la filiale de Mahnheim, responsable régional des affaires de Schneider, que Hilmar Kopper avait forcé à la dé mission. Michael Prinz von Sachsen-Weimar avait déclaré: «Il se décidait des choses au directoire [de la banquel dont la majorité des membres n’avait pas la moindre idée.» Jürgen Schneider laisse une ardoise de plus d’un demi-milliard de marks à la Deutsche Bank, sur un total de 2,4 milliards de dettes non recouvrées.
 
Agé aujourd’hui de 63 ans, Schneider avait bâti un empire grâce au crédit immobilier sur la base de prêts bancaires. Il avait réalisé des investissements particulièrement onéreux dans les beaux quartiers des grandes villes allemandes. Après la chute du Mur, il s’était engagé en ex-RDA en déclarant: «Je vais reconstruire l’Allemagne!» La supercherie prit fin le 7 avril 1994, lorsqu’il annonce dans une lettre à la Deutsche Bank qu’il part en voyage pour «raison de santé». Jürgen Schneider restera longtemps introuvable. On le croit un moment en Suisse, où il a effectué avant sa fuite un virement de… 245 millions de marks. «Quelques sous en cas de besoins», dira-t-il au procès. Il est arrêté treize mois plus tard, à Miami (Floride), par la police américaine et il est extradé vers l’Allemagne en février 1996.
 
Au procès, Jürgen Schneider a manifesté une incroyable sérénité. D’abord réticent à avouer la vérité, il a ensuite reconnu ses torts, ce qui a permis un déroulement rapide du procès. L’objectif qu’il s’était fixé lorsqu’il était aux affaires a d’ailleurs toujours été clair «Gruger les banques, partout où cela est possible», comme il l’avait lui-même écrit de sa main à l’époque. Il a accepté sa peine sans broncher et n’a pas fait appel du jugement.
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